Nicole, reine à la couronne ébène.

 
 

Nicole est le genre de figure féminine dont nous avons tant besoin. En la découvrant nous étions émerveillés par sa beauté et les bonnes vibes qu’elle transmet. En réalité elle est tout autant authentique et pétillante. 

Si nous l’avons choisi pour cette interview c’est parce que Nicole est belle, et fière de sa peau ébène qu’elle ne changerait pour rien au monde. 

Elle rêve d’une société où la peau noire ne serait pas marginalisée en fonction de sa teinte. 

D’un monde où les bonnes vieilles blagues « pour rigoler » serait rangées au placard et où la femme noire au teint particulièrement foncée s’accepterait de manière inconditionnelle sans s’en sentir honteuse. 

Nicole, est une réaliste-optimiste, qui croit que pour changer le monde l’on doit commencer par soi- même. Elle nous parle d’estime de soi, ses révoltes et ses doutes. Son apaisement et son rapport à la beauté. Nicole est notre scintillante reine à la couleur ébène. Car aucune beauté n’est illégitime.  

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Nicole si l’on devait créer une échelle de 1 à 10 de l’estime de soi où serai-tu ?

Aujourd’hui je m’accepte je ne suis plus à l’étape de recherche et d’acceptation de soi. 

Au départ je n’avais été jamais vraiment été complexé. Je suis Ivoiro-Tchadienne et je viens d’une famille où tout le monde est aussi noir que moi. Je ne suis pas né en France mais en Côte d’ivoire et j’ai vécu entre mes deux pays d’origine, je n’étais pas forcement renvoyé à ma couleur de peau ou du moins très peu. C’est en France que j’ai connu ça.  

Ma maman a aussi joué un grand rôle dans mon acceptation, petite, elle me disait régulièrement que j’étais belle et que ma peau était précieuse. Je me souviens que tous les jours avant d’aller à l’école elle m’inspectait de la tête aux pieds. Avant de me donner la douche ou de m’habiller elle me disait « Ta peau est magnifique il ne faut absolument pas que tu aies d’égratignures en revenant de l’école sinon je vais me fâcher » ahah. 

Et je faisais du coup très attention à tout car je me disais si jamais j’avais une trace ma peau ne serai plus jolie. 

 J’ai appris depuis toute petite à faire attention et à aimer ce teint que j’avais, je ne voyais que ça autour de moi mon père est d’ailleurs plus foncé que moi. Ce qui est également le cas pour mes oncles et mes tantes. C’est quand je suis arrivée en France que c’est devenu compliqué, je me suis dit « Je ne sais pas où est ce que j’ai atterri mais y a un problème ». 

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À quel moment te rends tu compte que ta couleur est perçue comme une différence par les autres ?

Ma première expérience et sans doute la plus marquante, ç’était à l’école. J’habitais dans le 19 -ème arrondissement de Paris, dans un quartier hyper-colorée et j’étais dans une classe hyper-colorée également mais il y a quelque chose qui ne fonctionnait pas. On me disait que je n’étais pas belle, que j’étais moche parce que trop noire. On me donnait des surnoms tels que : « charbon » « pétrole », des choses incroyables à entendre pour une jeune fille.  

J’étais un peu dans un entre-deux très complexe, d’une part je me posais mille et une questions : « Qu’est-ce que ça veut dire ? »; « Pourquoi  est-ce que je vis cette situation ? » et de l’autre j’ai tellement reçu par ma mère des paroles positives concernant ma peau que malgré toutes ces questions que je me posais j’arrivais vraiment pas à me regarder dans le miroir et à me détester.  

Quel a été la perception que tu as eu de toi même à partir de cet instant précis ? 

La première réaction que j’ai eue pour dire vrai ça n’a pas été de me détester ou de me trouver moche mais de chercher une réponse à mes questions. Comprendre le pourquoi du comment. 

Je me rappelle la première chose que j’avais tapé dans une barre de recherche à ce moment-là c’était « Noir comme minuit », je l’entendais tellement que je cherchais à comprendre cette expression. Je suis tombé sur les sketchs de quelques humoristes noirs – je précise- et à ce moment précis je me dis « techniquement c’est censé être drôle mais je me sens insulté en fait, c’est loin d’être drôle ». J’étais jeune à l’époque et en me renseignant sur le sujet je vais découvrir la notion de colorisme et tout l’univers autour.  

Je ne comprenais pas que ça puisse faire rire tout le monde. En avançant dans mes recherches je tombe sur des forums avec plusieurs témoignages et tout d’un coup je me suis sentie moins seule, je me suis rendue compte qu’énormément de filles vivent cette situation. 

Je me suis posé un instant et je me suis dit qu’est-ce que je fais ? J’en ai parlé difficilement à ma mère et le lendemain elle était à l’école. À cette période de ma vie elle m’a surtout donné un conseil que je n’oublierai jamais. Elle m’a dit « Tu as deux solutions : soit tu les laisses t’insulter de cette manière en subissant tous les jours et au final tu seras convaincue d’être moche, car ils te transmettront leur haine. Sois-tu te regardes dans le miroir en te disant que tu es belle, en reconnaissant tes multiples qualités et tu mets ceci en avant. Pas pour les autres mais pour toi. Automatiquement ton estime de toi déteindra sur les autres, et ils n’auront plus rien à dire ».

On peut penser que ce sont les énièmes paroles d’une mère à sa fille mais c’est bien plus, parce que j’ai encore plus aimé prendre soin de ma peau à partir de cet instant. 

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Beaucoup de jeunes filles noires souffrent énormément de ce complexe et il est difficile pour certaines de s’en défaire et de s’accepter pleinement, qu’est ce que tu en penses ?

 J’ai eu plusieurs fois des filles qui m’arrêtaient dans la rue en me disant « Désolé je ne suis pas aussi noire que toi mais je n’aime pas ma peau, comment tu fais pour ne pas céder aux produits éclaircissants ? » J ‘ai halluciné mais j’essaie avant tout de comprendre, car c’est essentiel.  

En réalité le problème est profond parce qu’il est récurrent dans tous les aspects de la société. Par exemple dans la vie d’une femme vient un moment où on commence à être attiré par les hommes et bien on sera toujours la bonne copine qui fait rire par ce qu’en réalité celles qui attirent le regard des garçons sont toutes super-claires. On se rend compte qu’il y a une hiérarchisation de la beauté. Il y a d’abord les blanches, ensuite les métisses puis celles qui sont noires comme moi on existe quasiment pas dans l’imaginaire collectif. Pour exister il faut avoir toutes les qualités du monde, il faut qu’on soit à 200 % tous les jours. Toujours qu’on en fasse plus. On n’a pas le droit d’avoir la flemme de s’apprêter le matin parce que les réactions seraient incroyables.  

 

En ce qui me concerne j’ai eu des moments assez difficiles mais ils m’ont permis de m’accepter pleinement. Même si j’ai toujours aimé ma peau je me demande si je l’aurai aimé à ce point si je n’étais pas passé par ces moments difficiles de remise en question. Franchement je remercie ceux qui m’ont fait toutes ces critiques car même si ça été l’enfer parfois, ça m’a énormément forgé.  

À quel moment réalise-tu que tu es noire 

Je pense que l’ai réalisé pour la première fois au pays, notamment au Tchad, je ressens que je suis un peu différente parce que je n’avais pas les traits fins comme les filles d’Afrique de l’est, j’avais déjà quelques remarques et c’est triste à dire mais on voit aussi que même dans des pays dit « d’Afrique Noire » il y a aussi une hiérarchisation de la beauté, donc évidemment des petites remarques aussi bien en Côte d’ivoire qu’au Tchad.  

Ma mère me racontait une anecdote, en me disant qu’à ma naissance la sage-femme avait été surprise par ma couleur très foncée, c’est dire à quel point les mentalités sont à changer.  

Donc dès le départ j’ai su que j’étais un peu différente, le choc par contre c’est vraiment fait ressentir à mon arrivée en France comme je l’expliquais précédemment. 

Justement ta première impression une fois en France c’était laquelle ?

 Pour tout te dire je suis arrivée en France à 8 ans mais honnêtement, dans ma tête, je suis arrivée à l’âge de 12 ans. C’est bizarre parce que la première fois que j’ai mis les pieds en France je n’étais pas à l’aise. J’avais dit à ma mère que je ne voulais absolument pas rester, j’étais arrivée au mois de Juillet, au mois d’août qui a suivi j’étais déjà repartie. Puis je suis revenu pour la rentrée, c’était HORRIBLE je dirais même ATROCE. Je ne me sentais pas à ma place, j’avais un accent mi-français mi- ivoirien mi- tchadien, un accent inqualifiable.  

À l’époque on me critiquait et je n’étais vraiment pas prête. HEUREUSEMENT j’avais la maturité nécessaire pour me poser des questions sans pour autant me percevoir comme étant le problème. C’est à cette âge-là que j’ai réalisé que j’étais noire, très noire même ahah. Du coup je ressentais le besoin de partir, à chaque vacances j’étais en Côte d’Ivoire et jusqu’à l’âge de 12 ans, je n’avais même pas l’impression de vivre en France. Le fait de retourner au pays me faisait vraiment du bien, je me disais : « Ok bon ici (en France) on ne t’accepte pas vraiment mais il te reste 3/4 mois et après tu retournes chez toi », ça me permettait de tenir. 

À un moment donné les allers-retours France-Côte d’Ivoire commençaient à coûter chers et ma mère m’a mis un stop ahah. Je me suis dit Nicole va falloir faire un choix : « Tu es ici, donc tu y restes. », même si mon cœur était là-bas.  

Est-ce que dans ton processus d’acceptation tu t’es accroché à des figures féminines particulières ? 

Honnêtement à ce moment-là je n’avais pas de figures auxquelles me raccrocher, c’était soit les personnes aussi noires que moi dans la rue ou ma mère qui a le même teint que moi. J’ai une réelle admiration pour elle, chaque matin quand elle s’apprêtait je réalisais à quel point c’était une belle femme, par identification je me disais si ma mère est belle c’est que moi aussi je le suis. Sa peau est nette, je la trouvais et je la trouve encore sublime. 

 Ça a été la première figure à laquelle je me suis accroché, tout en ayant un peu de recul parce que je me disais c’est une mère et elle aura toujours des mots bienveillants qui rassureront toujours à mon égard, mais une fois que tu sors de la maison et qu’elle n’est plus à tes cotés c’est toi contre le reste du monde. Je me rappelle qu’à chaque fois que je voyais une personne aussi noire que moi j’étais soulagée. Je me disais que je n’étais pas toute seule. Je n’avais pas d’amie noire comme moi à l’époque et elles ne comprenaient pas ma réaction. Avec ce teint là je pouvais parfois me sentir seule au monde et voir quelqu’un qui me ressemblait me faisait toujours plaisir.

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À présent j’ai une ou deux amies aussi foncées que moi, mais j’en ai certaines qui ne comprennent pas mon désarroi. Pour la petite histoire je me souviens qu’il y a quelque temps maintenant j’étais partie acheter un fond de teint et tout ce qui va avec. Mon amie avec le fond de teint, la poudre et le crayon pour les sourcils en a eu pour environ 40 euros et moi j’étais dans les 150 voire 180 euros. Je ne pouvais pas viser une marque lambda car il n’y avait pas ma teinte, du coup il fallait que je me tourne vers les marques spécialisées. Mon fond de teint me coûtait une trentaine d’euros contre une dizaines pour mon amie.  

 

 À l’entrée de l’adolescente/ puberté, du fait de ta couleur ne ressens tu pas une rivalité ou une frustration à l’égard des autres filles ? 

Je n’étais pas vraiment dans une logique de rivalité mais c’était plutôt de l’incompréhension, je ne comprenais pas pourquoi j’étais plus laide ou pas attirante par rapports aux autres filles. C’est vrai que sous certains aspects ça a changé mes rapports, et quand je me suis rendue compte de ça j’ai par la même occasion remarqué qu’à l’époque je ne prenais quasiment pas de photos avec mes amies. 

C’est quelque chose qui y est resté encore aujourd’hui, 5 à 10 ans après. Pas plus tard qu’il y a une semaine je regardais les photos que j’avais et sur 100% de photos je devais avoir 5% où je suis en compagnie d’amies. Lorsque j’étais plus jeune, du fait que ce soit des personnes plus claire que moi  il y avait toujours une comparaison que j’appréhendais. À base de « Ah ouais comment elle est noire ta copine, on ne la voit même pas sur la photo ». J’évitais un maximum.

Du coup ç’est idem pour Instagram, certaines personnes me disent, « mais y a que toi sur Insta t’es super narcissique. » et pour ne pas rentrer dans les détails et les explications de 3 heures je réponds que c’est parce que je m’aime bien (ce qui est vrai ahah). Ce n’est pas que je m’aime à un point où je suis narcissique c’est juste que j’évite de prendre des photos avec les autres. 

D’ailleurs un jour je suis tombé sur le portait d’une fille magnifique qui justement parlais d’acceptation de soi et comment les gens avait perçu ça comme du narcissisme, moi je ne l’avais pas du tout perçu de cette manière.  

Dans la même optique un jour, j’ai demandé à un ami de réalisé mon portrait, exactement comme je suis, sans m’embellir. J’ai mis le tableau près de mon miroir, ça fait que tous les matins je n’avais pas d’autres choix que de me voir et de faire face à mes défauts. Et je trouvais le portrait tellement jolie qu’un petit défaut devenait insignifiant. Je me rappelle que dès que mes amies rentraient dans la pièce, elles me disaient mais « Nicole t’abuse… t’as un portrait de toi dans ta chambre !? ». Sauf que c’est thérapeutique et tant qu’on est pas passé par une phase où l’on doute de soi et où on en vient à se poser des questions on ne peut pas comprendre.  

Certaines personnes ont besoin de ça quitte à en faire trop ce n’est pas grave car au moins ça permet de s’accepter.  

Tu es passionnée de cosmétiques ? Est-ce que ça a joué un rôle dans ton bien être ?  

Oui énormément ! Déjà quand j’ai commencé à me maquiller : premier choc = ma teinte. 

Je me dis bon au final je ne vais pas me maquiller parce que je ne trouvais pas ma teinte. Je finis par la trouver, Dieu merci, mais j’étais tellement renvoyé à mon teint à chaque fois que j’avais peur que ça en fasse trop et que les gens me remarquent encore plus au final.  

Pourtant j’avais envie de tester mille et une couleurs mais j’avais peur de la réaction des gens. Puis je me suis dit tant pis je vais me lancer. Ce que je faisais au début c’est que je ne mettais que du rouge à lèvres rouge et quand je sortais dans la rue j’avais des regards….OH MON DIEU ! En plus je suis assez extravertie et extravagante par la même occasion, je me sentais grave observée du haut de mes 1m86. J’avais l’impression d’être déguisée, j’étais vraiment trop mal à l’aise.  

Mais je n’ai vraiment pas lâché l’affaire, j’ai continué à mettre ce rouge à lèvres et à l’aimer finalement de plus en plus, maintenant c’est un peu ma signature. J’ai passé le cap de « je me sens observée » ou « je me sens déguisée ».  

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Un jour une dame m’arrête dans le métro et me dit « vous êtes magnifique, votre teint est magnifique », ça m’a fait plaisir et à la fois je ne comprenais pas pourquoi on m’arrêtait pour me le dire car en réalité si on y réfléchit bien ce n’est pas extraordinaire. C’est comme si j’allais voir un blanc et je lui disais « votre peau blanche est magnifique ». J’ai envie que les gens considèrent ça comme normal. 

J’avais aussi beaucoup de filles qui me disaient « comment est-ce que tu as le courage de mettre du rouge ? Moi je n’ose pas, j’ai peur que ça fasse clown, etc » et pour tout vous dire ça a complètement changé mon rapport au maquillage, je me suis dit « Je vais être votre vitrine les filles. Comme ça quand vous me verrez-vous vous direz que si elle, elle ose et que j’aime, c’est que je peux le faire. » 

À partir de là j’ai commencé à me maquiller d’une manière totalement différente, en plus du rouge, je rajoutai du bleu, du vert, du violet, des couleurs improbables. Ma mère me voyait tous les jours et me demandait « Qu’est ce qui se passe Nicole ? », elle avait beaucoup de mal, mais le jour où on a eu à discuter de ça c’est limite si elle ne me proposait pas plus de couleurs.

J’ai une autre anecdote et j’espère qu’elle servira pour toutes les filles et les hommes qui liront cet article. Je travaillais à une époque chez Sephora et une cliente avec quasiment le même teint que moi est entré dans le magasin, je me suis immédiatement dirigé vers elle car je voyais qu’elle était super mal à l’aise, au fil de notre discussion elle me dit « j’aimerai trop être maquillé comme toi mais je suis trop noire » et ça m’a fait super mal au coeur. 

Je lui ai répondu qu’elle n’était pas trop noire ce sont les autres qui ne le sont pas assez. Tout est une question de point de vue et de nuances dans la vie. C’est comme ça que je réfléchis car moi-même j’étais trop « TROP » pour tout le monde. Trop noire ou trop grande avec mon 1m86 donc je n’avais pas d’autres choix que de m’accepter.

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Quand on me disait « tu es trop noire » je répondais « c’est toi qui est trop claire », quand on me disait « tu es trop grande » je répondais « c’est toi qui est trop petit ». 

Dans la vie tout est une question de nuances. Lorsque vous parvenez à nuancer la manière dont les autres vous perçoivent vous les renvoyez immédiatement à leurs propres bêtises et à partir de ce moment précis ils se remettent en question. 

 

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